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Nom :
 
Localisation :
 
Type architectural :
 
Période de construction :
 
Description / historique :

Occupant une place significative dans le paysage «primeauvillois», cette solide résidence d’esprit monumental anglais se démarque non seulement par sa structure imposante et ses murs en maçonnerie de pierre mais également par son toit aux versants symétriques garni de quatre lucarnes et de trois cheminées sur le faîte. Construite en retrait sur le boulevard Saint-Joseph au centre d’un grand terrain aménagé, cette maison à l’architecture sévère, propriété de plusieurs hommes d’affaires à la période industrielle, reste une pièce dominante du patrimoine urbain martinois. Son bâtisseur, Marc-Antoine Primeau, l’un des industriels les plus reconnus de la région au XIXe siècle, y est décédé subitement en 1856. À l’intérieur comme à l’extérieur, l’opulence de cette propriété s’impose dans plusieurs détails architecturaux :

Les portes intérieures du manoir sont de dimensions généreuses à la mode européenne avec les panneaux embrevés et les moulures appliquées. Les chambranles sont larges et minutieusement moulurées. La porte du vestibule avec son vasistas et ses lumières latérales vitrées (…) [et le] (…) magnifique manteau de cheminée, en érable teint, (…)[sont des témoins] (…) de l’habileté et du travail de qualité des artisans d’hier (BERGEVIN, 1998 : 54).

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On approche des années 1850 et Marc-Antoine Primeau est à l'apogée de sa carrière. Il est un homme craint et respecté de tous, son pouvoir politique est considérable.

Il est devenu un grand propriétaire terrien. À part le fief du domaine de la Pêche au Saumon, il possède des terres partout dans la région. Trois cents arpents dans la concession sud de la rivière Châteauguay, plusieurs concessions en friche ou en culture dans Jamestown, et Georgetown et même des terres dans la concession de la Rivière-des-Fèves qui sont gérées par ses frères.

Il contrôle la production de la potasse, en louant des cuves, des brûleurs et des passes aux habitants. Il les oblige à lui vendre le produit fini dans des barils qu'il leur vend. De plus, comme il est propriétaire des rapides, sur la rivière Châteauguay, il se charge de l'assemblage des cages et radeaux, qui servent à l'expédition, vers Montréal, du bois de chauffage et de sciage bûché dans la région. Il a aussi de puissants amis tels le sénateur Louis Renaud, le roi du blé et les frères Masson de Terrebonne.

Lorsqu'il décide de se faire construire une maison de prestige, il commande alors à l'architecte Félix Morin de Montréal de dessiner les plans d'une maison de pierres de 46 pieds de largeur sur 36 pieds de profondeur sur trois niveaux. Ce projet, il y pensait depuis longtemps, puisque dès 1847, il avait confié au maçon Joseph Beaudreau de miner dans la rivière Châteauguay assez de pierres pour la construction de la maison et d'un moulin qu'il se proposait d'ériger en remplacement du vieux moulin du seigneur. À Joseph Cadot, un maçon du village, il demande de faire les blocs de coins ainsi que les quatre foyers qui seront installés dans la future maison, et ce, à partir de la pierre de la carrière du Sault Saint-Louis. Narcisse Taillefer, charpentier menuisier de Sainte-Martine fabriquera les 26 fenêtres, en deux battants et quatre volets avec jalousies. Le maître d'oeuvre sera Jean Bte Branchaud, maçon de Beauharnois.

En 1854, Marc-Antoine Primeau vient de compléter les travaux du chemin planchéié entre Sainte-Martine et le Sault-Saint-Louis. Or ce projet a été un fiasco financier. Les gens évitaient, par tous les moyens, le péage du droit de passage. L'entretien était très onéreux. Les financiers qui lui avaient prêté l'argent, pressent Marc-Antoine de les rembourser. À Louis Renaud, il cède ses terres de la rivière Châteauguay. Aux frères Masson, il signera des ogligations, donnant en garantie ses terres de Georgetown.

En 1856, Marc-Antoine Primeau décède dans sa belle maison. En 1865, la maison est vendue à l'enchère et deviendra propriété du plus bas enchérisseur, Julienne Patenaude, qui la vendra au sénateur Louis Renaud. Divers propriétaires se succéderont: les frères Hébert seront suivis de Napoléon Archambault entre autres.

Les demoiselles Primeau en seront les occupantes pour quelques années. À la suite de diverses actions légales par l'avocat Calder, époux d'une petite nièce de Marc-Antoine Primeau, la propriété sera laissée à l'abandon et achetée par la suite par James Dunn. Il y apportera certaines altérations qui changeront l'apparence de la maison.


© 2003 La Société du patrimoine de Sainte-Martine inc.